Accueil du site > FOCUS SUR > Interview cheffe de l’IGAS > Interview de Nathalie Destais, cheffe de l’IGAS

Interview de Nathalie Destais, cheffe de l’IGAS


1. Vous avez été nommée cheffe de l’IGAS le 21 avril 2017. Quelles sont les spécificités de ce service ?

C’est d’abord l’intérêt pour les sujets sociaux qui réunit les membres de l’IGAS. Au-delà de la technicité de certaines de nos missions, cette attention portée à la cohésion sociale, aux conditions du « vivre ensemble », à l’organisation de la solidarité (face aux vulnérabilités individuelles ou collectives), fait partie de notre identité. Dans nos rapports, nous ne devons jamais perdre de vue cet objectif ultime des politiques sociales.
Ensuite, je voudrais souligner l’attachement des inspecteurs à la recherche de qualité de l’action publique, au sens de sa pertinence, de son équité, de sa lisibilité, et bien sûr de son efficience. Nous devons ainsi veiller à ce que les prélèvements obligatoires acquittés par les citoyens leur permettent d’accéder à des services de grande qualité.
La troisième force de l’IGAS, c’est l’étendue de son périmètre d’investigation. Cette capacité du service à embrasser tout le social - de la santé à la lutte contre les exclusions en passant par la protection sociale, l’emploi et la formation professionnelle - est une chance pour décloisonner nos analyses et promouvoir des solutions innovantes.
Enfin, la diversité des profils professionnels est une caractéristique intéressante de ce service. Eu égard à la diversité de nos missions et à la nature de leurs sujets, qui suscitent parfois des débats dans la société, il est en effet important de pouvoir croiser les regards.
Mobiliser des analyses juridiques, économiques, actuarielles, budgétaires, éthiques, territoriales, médicales est donc précieux. Il est de même important que des inspecteurs disposent d’une expérience des responsabilités opérationnelles et managériales pour formuler les préconisations les plus justes possible. Savoir questionner, écouter, écrire, calculer, traiter des masses de données et visualiser les enjeux, cela se trouve au sein d’une équipe mais rarement en une seule et même personne. Parallèlement, nous devons veiller à préserver une culture commune à l’ensemble des inspecteurs et une unité de pratiques professionnelles.

2. Quelques mois après votre nomination, quelles sont vos priorités ?

Je crois au travail d’équipe. Il en va ainsi de l’équipe de direction comme de l’ensemble du service et nous nous appuierons sur les atouts de l’IGAS pour répondre aux attentes.
Notre premier objectif est que nos missions (pas seulement nos rapports mais plus globalement la manière dont nous travaillons) soient toujours plus utiles et pertinentes pour les ministres comme pour les acteurs publics qui définissent et mettent en œuvre les politiques publiques ; qu’il s’agisse de s’inscrire dans un mouvement de réforme initié par le Gouvernement ou de participer à l’amélioration continue des services publics. Cela suppose notamment de nous inscrire dans une logique d’aide à la décision, avec ce que cela implique en termes de concision de nos rapports et de choix de nos recommandations. Cela doit aussi nous conduire à prendre davantage en compte les perceptions et les attentes des usagers. C’est d’ailleurs un sujet que nous allons approfondir en lien avec des inspections comparables dans d’autres pays ; nos collègues européens sont, eux aussi, confrontés à la complexité des politiques sociales et à la nécessité de la dépasser pour parler à l’usager et entendre celui-ci.
Parallèlement, le renforcement continu des garanties de qualité de nos pratiques professionnelles doit rester une priorité ; c’est un mouvement engagé depuis de nombreuses années. Les comités des pairs jouent à cet égard un rôle important, tout comme le système de relecture et de partage d’expertise, que nous souhaitons renforcer. Nos travaux doivent avoir du sens au regard des enjeux et difficultés de l’action publique. Cela se joue dans l’organisation des investigations sur le terrain, dans la bonne gestion du temps des missions et dans la manière d’en présenter les conclusions.
Enfin, je souhaite accorder une grande attention aux ressources humaines du service en travaillant sur les compétences dont nous avons besoin afin de préparer en conséquence nos recrutements et nos actions de formation, qui se sont déjà beaucoup développées depuis plusieurs années. Il s’agit aussi d’améliorer la connaissance et la reconnaissance des expériences et des compétences de chacun.
Au cours des quinze dernières années, la taille du service de l’Inspection générale s’est sensiblement accrue (pour plusieurs raisons liées aux réformes de l’État et aux évolutions de la fonction publique) ; notre organisation, notre système d’information, la gestion des compétences et des parcours professionnels, les modalités d’échanges et de conseil au sein du service, doivent ainsi s’adapter.

3. L’IGAS intervient à la demande des ministres pour contrôler des organismes ou évaluer la mise en œuvre des politiques sociales. En quoi un rapport de l’IGAS peut-il éclairer la décision publique ?

On pense d’abord aux recommandations de la mission, visant à faire évoluer un cadre réglementaire, à infléchir la stratégie d’un établissement, ou encore à redéfinir les modalités d’une intervention publique. Identifier les risques et les conditions de succès de telle ou telle réforme, ainsi que les transitions possibles, contribue à éclairer les décideurs. Parfois ces perspectives sont présentées sous forme de scénarios, ce qui permet d’ouvrir aux ministres des possibilités de choix, y compris en allant au-delà de ce qu’ils pouvaient avoir en tête au départ ; nous devons absolument ouvrir et éclairer ces marges de choix.
Mais la contribution d’une mission de l’IGAS aux décisions publiques passe aussi par la qualité des diagnostics qui sont posés. Avec des investigations sur pièces et sur place et de très nombreux entretiens, nous pouvons présenter la réalité d’une situation dans un établissement, apprécier le service rendu au regard des objectifs assignés, rendre compte de disparités de pratiques sur un territoire, etc. Cela contribue à donner aux décideurs publics une analyse solide du contexte. Et lorsque nous sommes saisis conjointement avec d’autres corps d’inspection et de contrôle (c’est le cas de près d’un tiers de nos missions), la pluralité des approches que j’évoquais à l’instant est encore amplifiée.
Ce n’est pas un hasard si l’IGAS est sollicitée régulièrement en appui, pour apporter son expertise ou sa capacité de coordination dans certains travaux de réforme engagés par le Gouvernement, qu’il s’agisse de l’insertion par l’activité économique, de l’inspection du travail, de la stratégie nationale de santé, et bien sûr à présent, de l’assurance chômage, du droit du travail, de l’apprentissage, de la lutte contre la pauvreté ou encore de la Sécurité sociale des travailleurs indépendants.

4. En quoi l’IGAS peut-elle renforcer la confiance des citoyens dans l’action publique ?

C’est un rôle implicite et important de l’IGAS, du fait même de ses missions : vérifier la conformité des interventions publiques aux règles en vigueur (contrôle), s’assurer que les objectifs sont atteints et dans des conditions de gestion les plus économes possible en ressources (évaluation), renforcer la maîtrise des risques (audit). L’IGAS les exerce en toute indépendance.
Cette indépendance d’analyse et de jugement est d’abord une exigence vis-à-vis de nous-mêmes. Elle est aussi indispensable à nos ministres : elle garantit leur bonne information, leur capacité d’arbitrage en connaissance de cause. Un ministre doit en effet disposer d’une image objective des actions et des organismes relevant de sa responsabilité.
Cette indépendance est aussi un élément clé de la confiance des usagers. La publication de nos rapports y contribue ; sur ce point, il faut trouver le bon équilibre entre la transparence, requise par notre vie démocratique, et la préservation du temps de la décision publique, qui est d’ailleurs protégée par la loi.

 
Informations pratiques

Recherche sur le site










Avertissement

Certains acteurs du champ sanitaire sont actuellement sollicités au téléphone par des personnes se présentant comme des membres de l'IGAS, ou mandatées par ce service, pour obtenir des informations sur leurs activités et leur clientèle.

L'IGAS invite les personnes sollicitées à ne communiquer aucune information dans ces circonstances. Elles doivent savoir que les inspecteurs de l'IGAS ne procèdent pas à des investigations inopinées par téléphone et qu'ils ne s'adressent jamais de manière anonyme aux organismes qu'ils contrôlent ou auprès desquels ils recueillent des informations.